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Une pincée d'humeur, une poêlé d'humour, une livre de sentiments, une louche de souvenirs, un brin d'actualité. L'ensemble, épicé de convictions. A déguster de préférence chaud.

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La pendule

 

pendule

                   Un épais silence enveloppait la maison. Même le bruit régulier et péremptoire du balancier de l’antique pendule participait à cette quiétude. Habitant le centre du corridor de la modeste habitation depuis que ses propriétaires avaient aménagés, elle constituait le quatrième personnage de la famille. Le nom de son fabricant en ornait, en lettres gothiques, le cadran émaillé. Chaque semaine, Louis, le maître des lieux, se risquait à un périlleux exercice afin d’en remonter les poids à l’aide d’une clé. Cette exécution l’obligeait à percher son vieux corps sur une chaise à l’équilibre précaire. De ses mains sèches et noueuses, il introduisait le manchon de fer dans l’orifice prévu à cet effet et commandait la remontée du lourd cylindre métallique. Cette manœuvre avait, au fil des ans, pris l’aspect d’un véritable rituel dont il n’abandonnait à nul autre l’initiative. Sa besogne achevée, d’un geste lent et circonspect, il ramenait ses pieds sur les carreaux disjoints qui recouvraient le sol du corridor. Les incurvations de ces derniers, de couleurs blanche et noire, accusaient le poids des ans et la séculaire rengaine de la friction des semelles. D’ailleurs, l’on ne savait plus trop qui, du maître des lieux ou de la petite maison, avait le premier, vu le jour. Chaque élément de l’habitation témoignait de l’accumulation du temps. La symbiose entre la demeure et son pensionnaire était à ce point ténue qu’à chaque fois qu’une souffrance accablait l’un des deux, l’autre en semblait affecté.

                   Louis fixa les aiguilles du cadran. Elles marquaient huit heures moins cinq et non sept heures cinquante cinq, langage réservé aux seuls employés de la gare de marchandise toute proche et à quelques  parisiens « descendus » de fraîche date au pays. Le jour pointait au travers des volets. D’un geste rapide et précis, il ouvrit et crocheta ces derniers avant de rapidement refermer les portes fenêtres de la salle à manger. En cette fin janvier, il n’était pas question de laisser pénétrer le froid vif qui blanchissait le paysage. Le chauffage de la maison coutait bien trop d’efforts. Un poêle à sciure dans la cuisine et une cuisinière à bois installée dans la pièce principale luttaient seuls face aux rigueurs hivernales. Encore, la cuisinière n’était-elle mise à contribution que lorsqu’un repas réunissait des convives inhabituels ne pouvant tous loger autour de la petite table de la cuisine.

                             Sise à l’extrémité de la maison, cette cuisine tenait davantage du débarras. Seuls l’usage et son agencement lui valaient à présent cette fonction. Exiguë et communiquant avec l’extérieur par le truchement de cinq marches d’escalier débouchant sur une porte, elle ne devait qu’à cette dernière de recevoir la lumière du jour…côté nord !  Une peinture de couleur verte cachait à grand peine un crépi mal lissé. L’évier bâti cohabitait entre la porte et un recoin faisant fonction d’intendance alimentaire. Une cruche pourvoyeuse d’eau y trônait en permanence. Ce récipient émaillé, rouge et blanc, se trouvait réalimenté en précieux liquide par une pompe à main située sous un hangar contigu à l’habitation. Boisson de base mais également indispensable fluide destiné à la toilette et à la confection des repas, l’eau forçait ses prétendants à maints transports entrecoupés de tractions sur un balancier pas forcément coopératif pour l’enfant et les deux octogénaires recourant à ses « services ». Bien avant l’arrivée du premier écologiste, économiser l’eau était chose aisée… Toujours extérieure à l’habitation, l’eau courante n’était présente que lorsque le ciel pleurait. Il en allait de même à l’autre bout de la chaîne…digestive. Un cabanon en planches s’appuyait entre le mur d’enceinte de la propriété et la face nord de la maison. C’est là qu’un tout jeune garçon venait méditer sur la marche du monde version « années soixante » et forgeait ses originelles convictions à la lecture de son premier quotidien. Le titre de ce dernier collait assez bien aux exigences d’irruption dans cet intime lieu…

                                                                                                                                                                        Maxdestillac

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